Retour Anti-corruption et éthique Relever le défi Dans le cadre du programme de
gouvernance et d’administration publique du NEPAD 2003-2005 (voir Lettre
n°3 du Groupe Sud), l’OFPA a reçu la mission de coordonner, sur le plan
continental, le projet Anti-corruption et éthique.
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Un phénomène complexe C’est
devenu un lieu commun de rappeler que le développement des pays africains ainsi
que leur démocratisation entreprise depuis près de deux décennies risquent d’être
anéantis par le phénomène de la corruption qui prend les formes les plus
diverses et les plus insidieuses. Les causes de ce phénomène sont multiples et
complexes. Elles ont leurs racines dans la culture et le mode de vie de chaque
peuple. Toutefois, la corruption se développe encore plus vite lorsque les
institutions de l’Etat démocratique sont faibles, manquent de légitimité,
et aussi du fait des déséquilibres créés par les politiques économiques des
États. Les effets de la
corruption sont néfastes pour l’économie : l’aide au développement
est détournée à des fins privées ; l’administration affaiblie ne peut
plus jouer son rôle de cheville ouvrière de l’Etat ; les investisseurs
perdent confiance ; le coût des services et des biens se renchérit ;
il se développe des circuits économiques parallèles à ceux de l’Etat, et
tout cela compromet les objectifs d’un développement durable. C’est pour toutes ces raisons que la lutte contre
la corruption est devenue une priorité pour les pays africains eux-mêmes, pour
les organisations internationales et régionales ainsi que pour la communauté
des bailleurs qui financent le développement. ð
Des objectifs modestes L’ampleur
et la complexité du phénomène sont telles que notre stratégie devrait nous
conduire à avoir des objectifs modestes. Le premier de ces objectifs consisterait à comprendre le phénomène de la corruption. En effet, on fait
parfois remarquer, à juste titre, que l’une des raisons de la progression de
la corruption dans nos pays tient au fait que les gouvernements déploient plus
d’efforts à trouver des remèdes à ce phénomène qu’à le comprendre.
Comprendre le phénomène, c’est cerner ses dimensions multiples, c’est
poser correctement le diagnostic de ce mal, afin que les remèdes envisagés
soient appropriés et efficaces. Le second objectif, tout aussi modeste, consisterait à contrôler
la corruption. En effet, l’éradiquer ne semble pas être du domaine du
possible. En revanche, la contrôler pour en limiter les effets
est un objectif mesurable à terme. ð
Une approche et des stratégies globales
La corruption est un phénomène
global, aussi l’approche pour le traiter doit être également globale.
Dans le contexte actuel, la priorité devrait être donnée aux aspects internationaux et régionaux de la lutte contre la corruption.
A cet égard, le projet de convention des Nations Unies, en cours d’élaboration
à Vienne, sera un instrument essentiel pour lutter contre la criminalité
transnationale notamment avec la définition de standards universels en matière
d’incrimination. Elle pourrait servir de cadre de référence pour la mise en
place d’instruments régionaux. Par exemple, pour ce qui concerne l’Afrique,
on peut imaginer une convention sur les procédures bancaires dans l’espace
des banques centrales d’Afrique occidentale et centrale, une convention sur
les marchés publics et le commerce extérieur dans le cadre des organisations
régionales ( CEDEAO, CEMAC, SADC etc.).
La réglementation du cadre
international et régional de la lutte contre la corruption renforcera les
initiatives nationales dans ce domaine et nourrira les
actions de formation des différentes catégories de personnels de l’
administration. Les principaux résultats escomptés sont de parvenir, dans le
contexte africain, à faire d’une opération de type « mains
propres » un indicateur de performance de la bonne gouvernance ; de
proposer des réformes institutionnelles et structurelles tendant à assurer la
transparence du fonctionnement interne de l’ administration et une
amélioration des relations entre l’administration et les usagers, notamment
dans la prestation des services publics et dans la procédure de
passation des marchés publics ; de mettre en place un système de
contrôle de l’utilisation de l’aide publique afin d’en assurer la
transparence; de traiter la question de la restitution des avoirs détournés. Approche
globale, mais aussi stratégies globales. En
effet, tous les secteurs de la vie publique sont concernés par le problème de
la corruption. C’est la raison pour laquelle l’OFPA sollicite le concours de
toutes les institutions et organisations qui combattent la corruption : les
cellules de moralisation de la vie publique qui se développent dans plusieurs
États, les organisations qui luttent pour la transparence, les chercheurs et
les centres de recherche, ainsi que la société civile, qu’on devrait appeler
maintenant le secteur civique, lequel devrait trouver dans ce combat le
véritable fondement de sa légitimité. La
lutte contre la corruption est la pierre angulaire du développement durable.
Cela signifie que les efforts déployés dans différents domaines et activités
risquent d’être anéantis si la lutte contre la corruption et la promotion de
l’éthique ne sont pas érigées en principe d’action et règle de conduite.
C’est la raison pour laquelle l’OFPA est honoré de conduire ce projet dans
le contexte africain où le succès des politiques de modernisation des
administrations publiques dépend, dans une large mesure, des reculs drastiques
de la corruption, et des avancées significatives de la transparence.
Professeur Jacques Mariel Nzouankeu
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