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"LETTRE DU GROUPE SUD N° 14 -

Mai  2004"

Bulletin mensuel de liaison et d'information du Groupe "la gouvernance au sud"

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Animateur OFPA : Pr Jacques Mariel NZOUANKEU
Coordinateur MAE-France (DCT/IIA) : M. Didier NIEWIADOWSKI

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Revitalisation de l’Administration publique et
développement des Institutions de la gouvernance en Afrique

La troisième session du Comité des experts de l’Administration Publique du Conseil Economique et Social des Nations Unies, qui s’est tenue à New York (Etats Unis) du 29 mars au 2 avril 2004, avait pour thème central, la revitalisation de l’Administration Publique et le développement des Institutions de la gouvernance et de l’Administration en Afrique. De ces débats, on retiendra un retour à une conception plus classique de l’Administration et une approche plus opérationnelle de la gouvernance.

   ð Le constat  

                Depuis la fin des années 70, l’expression ”gestion publique” tend à remplacer celle d’ ”Administration publique” , avec en filigrane l’introduction des méthodes de gestion des entreprises privées dans le secteur public en se fondant sur le postulat que ces méthodes pouvaient être mises au service de l’intérêt général. Avec la gestion publique, l’usager  devient un client, on met l’accent sur la réduction du rôle de l’Etat, l’efficacité et l’efficience, la rentabilité et il est conseillé de procéder à la dérégulation.

 Force est de constater que l’application des lois du marché au secteur public n’a pas amélioré la performance de l’Administration et même a parfois eu un effet négatif sur la manière dont celle-ci doit s’acquitter de ses missions traditionnelles. Ainsi ”la gestion publique”  a été marquée par de nombreuses irrégularités, une moindre protection des personnes vulnérables notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, l’insécurité, et, d’une manière générale, le recul de l’intérêt général dans de nombreux domaines.

La notion de gouvernance est apparue, précisément, pour corriger ces dysfonctionnements en mettant l’accent sur des valeurs que ”la gestion publique” n’intègre pas suffisamment, telles que l’équité, la transparence, la responsabilisation dans la conduite des affaires publiques. Mais ces correctifs ne suffisent pas, et l’Administration publique a besoin d’être revitalisée pour permettre à l’Etat d’accomplir ses missions essentielles et de servir l’intérêt général.

 ð Les remèdes

           Lors de sa deuxième session tenue en avril 2002, le Comité des experts en Administration publique des Nations Unies avait posé le principe de la revitalisation de l’Administration publique et fixé les grandes orientations permettant d’atteindre cet objectif : redéfinition et réaffirmation des missions essentielles de l’Etat ; création de partenariats durables et collaboration des organismes publics avec l’Administration publique ; adoption de certaines pratiques et de certains principes de gestion publique et de gouvernance susceptibles de rendre l’Administration publique plus efficace et plus efficiente, participative, souple, équitable et soucieuse de ses devoirs envers le public ; développement de structures et d’une culture de recherche – développement en informatique au sein de l’Administration ; politiques permettant d’attirer, de recruter et de retenir le personnel le plus compétent.

Au cours de sa session de mars-avril 2004, le Comité s’est penché sur la mise en valeur du capital humain et le rôle des ressources humaines dans la revitalisation de l’Administration. Une réflexion poussée a été menée sur le développement des institutions de la gouvernance et de l’Administration publique en Afrique, afin, notamment, de promouvoir l’Etat de droit, redéfinir les missions de l’Etat, adapter la gouvernance et l’Administration aux conditions locales, faire connaître les constitutions nationales au grand public, etc. Enfin, le Comité a réaffirmé l’importance de la promotion d’une gouvernance partagée et engagée s’inscrivant dans la société de l’information et du savoir.

Le Comité poursuivra cette réflexion l’année prochaine, en s’attaquant plus particulièrement à la redéfinition du rôle de l’Etat dans la vie publique, à la transparence, la responsabilité, le professionnalisme, l’éthique et l’intégrité dans la fonction publique, aux initiatives novatrices en matière de gouvernance et d’Administration publique, ainsi qu’au bilan des politiques de décentralisation.

       ð Les perspectives

           Les orientations nouvelles de la réflexion sur l’Administration publique et la gouvernance ouvrent, pour les pays en développement notamment africains, des perspectives encourageantes. En effet, alors qu’on pouvait craindre que le débat sur ces questions était presque clos, et que l’Afrique n’avait plus qu’à rattraper son retard comme dans d’autres domaines en évoluant aussi rapidement que possible vers des schéma et des modèles élaborés au Nord, les travaux du Comité des experts en relancent le débat, non plus sur les modalités de la mise en œuvre de ces schémas, mais sur leur pertinence et leur légitimité.

Trois perspectives au moins se présentent dans ce jeu qui reste très ouvert.

▪ C’est dans le secteur public qu’il faut chercher le modèle de performance de l’Administration, étant donné que le modèle de performance du secteur privé n’est plus une panacée. En d’autres termes, on ne peut plus dire que ce qui est bon pour le secteur privé, l’est nécessairement pour le secteur public. On peut même affirmer que certaines pratiques du secteur privé ne conviennent pas à la gestion des affaires publiques. Ainsi c’est tout un mythe qui s’écroule ; par exemple, toute la conception du management qui se fonde sur la réussite de certains entrepreneurs privés pour élaborer les profils des dirigeants publics ou les figures de leadership.

C’est un débat dans lequel l’Afrique doit se sentir à l’aise, puisque, dans une grande partie de ce continent, il n’y a pas de label de performance du privé et que les meilleures compétences se trouvent dans le secteur public ; simplement, ces compétences sont mal utilisées et mal motivées. L’Afrique devrait donc servir de laboratoire de recherche des nouveaux indicateurs de la performance de l’Administration publique.

▪ Le retour de l’Etat de droit est également significatif des atouts de l’Afrique dans la revitalisation de l’Administration publique. En effet, les programmes de renforcement de l’Etat de droit avaient été parmi les mieux développés, entre autres dans l’espace africain francophone par la France, ainsi que par l’Organisation Internationale de la Francophonie. Dès lors en préconisant comme il le fait, le développement, le renforcement et la popularisation des constitutions nationales et du constitutionnalisme comme fondements de la bonne gouvernance et de l’Administration, en dénonçant les constitutions fragiles et instables, et en insistant sur le respect de la légalité, le Comité rappelle les préoccupations et les projets de développement qui ont été pendant longtemps ceux des africains ainsi que de nombreux de leurs partenaires, et que seule une conception étroite de la lutte contre la pauvreté a pu faire croire qu’ils pouvaient être relégués au second plan, au nom d’une interprétation de la gouvernance qui s’avère trop restrictive.

▪ L’équilibre entre la réforme de l’Administration et la gouvernance constitue également une avancée significative. L’une des leçons des travaux du Comité consiste à envisager la bonne gestion  des affaires publiques comme reposant sur deux piliers : une Administration revitalisée dont l’ossature reste l’Etat de droit, et une gouvernance partagée et engagée qui plonge ses racines dans les faits sociaux et culturels des peuples concernés, de manière à promouvoir un leadership authentique, capable de conduire les nouvelles mutations de l’Etat. Les africains et leurs partenaires  doivent se mobiliser pour relever ces nouveaux défis.

                                                                                                                Professeur Jacques Mariel Nzouankeu

 CHRONIQUE DU NEPAD

 ·         Dans le cadre de l’accord cadre entre l’Institut international de recherches sur les               politiques alimentaires ( IFPRI) de Washington ( www.ifpri.org) et le NEPAD, le Dr.         Ousmane Badiane, chercheur de nationalité sénégalaise, responsable au sein de l’IFPRI        de la division développement stratégique et gouvernance va rejoindre le Secrétariat             exécutif du NEPAD, à Prétoria, en qualité de conseiller principal en matière de              recherche agricole et de poltique alimentaire.

·         La dixième réunion des chefs d’Etat et de gouvernement du comité de mise en oeuvre du 

NEPAD s’est tenue à Maputo ( Mozambique), le 23 mai. Le développement des 

infrastructures, l’amélioration de la sécurité alimentaire, l’équité du commerce international, 

priorités identifiées pour assurer le décollage économique de l’Afrique, ont été au centre des 

débats. Dans le domaine des infrastructures, le plus avancé du NEPAD, 120 projets ont été 

entrepris depuis la ratification du programme par le Sommet de l’Union africaine, en juin 2002. 

Ils concernent notamment le renforcement des capacités, la facilitation des transports, les 

études de faisabilité et les investissements. Le montant global de ces projets est estimé à 

environ 8,1 milliards de dollars us. La Banque africaine de développement a financé 12 projets 

pour un montant global. La suppression des barrières officielles et non officielles au commerce, 

un accés équitable aux marchés des pays de l’OCDE, la réduction des subventions agricoles 

aux producteurs des pays développés ont été, une nouvelle fois, réclamées.  

·         Six chefs d’ Etats membres du comité de mise en œuvre du NEPAD ( Afrique du Sud, 

Algérie, Ghana, Ouganda, Sénégal, Nigeria) sont invités par les Etats-Unis à participer au 

prochain Sommet du G8-de Sea Island en juin prochain.   

·         Le séminaire organisé, à Ouagadougou du 13 au 15 mai,  par l’Agence 

intergouvernementale de la Francophonie sur le développement durable a permis d’identifier 

14 domaines d’intervention conjointe entre l’OIF et le NEPAD ( voir le site 

www.agence.francophonie.org). L’intégration des pays africains à l’économie mondiale et le 

développement de l’expertise nationale en matière de gouvernance de l’environnement  ont  été 

considérés comme prioritaires.

  Le SYMPOSIUM SUR L’ACCES AUX FINANCEMENTS INTERNATIONAUX

            Ce symposium organisé, à Pris du 5 au 7 mai, par l’Agence intergouvernementale de la Francophonie, a réuni plus de 300 participants dont une dizaine de ministres africains, des délégués des Etats membres de l’Organisation internationale de la Francophonie, des hauts responsables des organisations internationales, des organisations économiqiues régionales africaines, des dirigeants des banques de développement, des représentants de la communauté des bailleurs et d’organisations non gouvernementales. ( voir le site www. agence.francophonie.org/symposium financement).

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